Les peintures de Dominique Frassati

La décoration intérieure de l’église Saint-Michel de Bastelica

Les peintures murales de l’église Saint-Michel de Bastelica constituent l’un des ensembles décoratifs religieux les plus remarquables du village. Réalisées en 1940 par le peintre Dominique Frassati, elles témoignent à la fois de l’histoire artistique locale et de l’importance de Bastelica dans le paysage culturel corse du XXᵉ siècle.

Une commande paroissiale majeure

La majeure partie du décor visible aujourd’hui a été réalisée à la demande du chanoine Barthélémy Arrighi, curé desservant de la paroisse de Bastelica de 1937 à 1957, avec le soutien du comité de l’église.

Cette campagne décorative visait à embellir l’intérieur de l’église tout en proposant une iconographie religieuse accessible et profondément ancrée dans la vie du village.

Dominique Frassati (1896-1947), peintre de l’École d’Ajaccio

Originaire de Bastelica, Dominique Frassati est l’un des principaux représentants de l’École d’Ajaccio dans la première moitié du XXᵉ siècle.
Peintre et décorateur, il fut également conservateur des musées d’Ajaccio de 1937 à 1945.

Installé à Ajaccio à partir de 1934, il réalise d’importants décors muraux, notamment à l’hôtel Martini de Bastelica, où dominent deux grands thèmes :

  • les quatre saisons,
  • les figures majeures de l’histoire corse : Sampiero Corso, le général Gaffori, Pascal Paoli et Napoléon Ier.

Pour ses décors, Frassati peint à l’huile selon une technique personnelle, utilisant des couleurs industrielles, se démarquant ainsi de ses prédécesseurs.

Les panneaux du transept de l’église Saint-Michel

Pour l’église Saint-Michel de Bastelica, Dominique Frassati, aidé par son frère Jean-Baptiste Frassati, réalise de nombreux modèles préparatoires sur papier huileux ainsi que des dessins détaillés pour les panneaux peints.

Quatre grands panneaux décorent le transept :

Chapelle Saint-Antoine de Padoue

  • « Gloire à Dieu »
  • « Il vint à nous par Marie »

Chapelle Saint-Michel

  • « Malgré ses ennemis »
  • « Le Christ en croix nous sauvera »

Ces deux derniers panneaux, particulièrement expressifs, représentent de nombreux personnages, traités sans concession, certains étant probablement inspirés de paroissiens de Bastelica.

Sur « Le Christ en croix nous sauvera », on reconnaît notamment le « Prêtre Arrighi », ainsi que le Christ en croix de l’église de Bastelica, à l’attitude très expressive.
Les visages des grandes communiantes et des enfants de chœur, thèmes chers à Frassati dans les années 1940, semblent inspirés de jeunes habitants du village.

Sur « Malgré ses ennemis », sous un ciel d’orage, une jeune fille vêtue de blanc prie agenouillée, entourée d’une vingtaine d’hommes. Au premier plan, une scène de discussion animée se déroule autour d’un journal au titre évocateur : « La Lumière », tandis qu’un enfant tente de ramener l’un des personnages à la prière.

Un décor mural sobre et harmonieux

Les autres parties du décor mural se caractérisent par une grande sobriété.
Les couleurs, peu nombreuses, sont dominées par des jaunes, rosés, marrons et violets.

La voûte centrale représente la Vierge Marie, entourée d’une multitude d’angelots en suspension, répartis sur un fond bleu et agrémentés de guirlandes florales.
Le chœur est décoré plus simplement, avec une frise d’angelots aux attitudes variées, parfois surprenantes.

Une œuvre inscrite dans un parcours artistique plus large

À la même époque, Dominique Frassati travaille à la décoration du plafond du Salon d’honneur de l’Hôtel de Ville d’Ajaccio, avec L’Épopée napoléonienne (huile sur toile marouflée, achevée en 1942).
Cette œuvre, commandée par le maire Dominique Paoli, est inscrite au titre des Monuments historiques par arrêté préfectoral du 11 mars 1988.

Référence et crédits

Pierre-Claude Giansily
Historien de l’art

Crédits photographiques
© Claude Giansily

Bibliographie
Giansily, Pierre-Claude, La peinture à Ajaccio : 1890-1950 : Bassoul, Canavaggio, Frassati,
Association Le Lazaret Ollandini, Colonna Édition, Ajaccio, décembre 2008.