Le monument Sampiero Corso

Sampiero Corso (1498–1567), l’enfant de Bastelica

Sampiero Corso naît à Bastelica en 1498. Très tôt, il s’illustre par son courage, son intelligence stratégique et ses qualités de chef de guerre. Engagé au service des Médicis à Rome puis à Florence, il accède aux plus hauts grades militaires avant de devenir l’un des plus brillants capitaines corses de son temps.
Général des armées de François Ier puis d’Henri II, il participe à de nombreuses campagnes militaires et se distingue notamment lors du siège de Perpignan et de la bataille de Tenda. Farouche opposant à la domination génoise en Corse, il consacre sa vie à la lutte pour la liberté de son île. Il meurt en 1567, victime d’un guet-apens, laissant l’image d’un héros tragique et d’un symbole durable de la résistance corse.
Pour les habitants de Bastelica, Sampiero Corso incarne le courage, l’honneur, l’attachement à la terre natale et le sacrifice pour la liberté.

Un projet ancien porté par la mémoire collective

Les premières initiatives visant à ériger un monument à la mémoire de Sampiero Corso apparaissent dès le milieu des années 1850. La commune de Bastelica s’associe immédiatement à ce projet, soutenu par une large souscription publique réunissant habitants du village, notables corses, institutions locales et instances politiques.
Dès 1855, les premières listes de souscripteurs témoignent de cet élan collectif : particuliers, conseil municipal, confréries, conseil de fabrique et conseil général de la Corse participent financièrement à l’hommage rendu à l’illustre enfant du village. En 1856, le conseil général vote une subvention afin de s’associer officiellement à cette manifestation nationale de reconnaissance.
Cependant, en 1857, le gouvernement refuse l’autorisation d’ériger la statue sur une place publique, estimant le contexte politique peu favorable. Les fonds déjà collectés sont alors déposés à la Caisse des Dépôts et Consignations. Malgré cette décision, les promoteurs du projet n’abandonnent pas et attendent des circonstances plus propices pour relancer l’entreprise.

La renaissance du projet et le rôle décisif de Vital-Dubray

Le projet est relancé plusieurs décennies plus tard, notamment sous l’impulsion du comité « Sampiero Corso », présidé par le docteur François-Marie Costa. En 1886, le comité dispose d’environ 20 000 francs, somme encore insuffisante pour mener à bien l’œuvre.
C’est alors que le sculpteur Vital-Dubray fait un geste déterminant : il propose d’exécuter la statue à ses risques et périls, quel que soit le montant final de la souscription. Il est assisté par un jeune architecte prometteur, Maglioli fils, pour la conception du piédestal. Ce désintéressement et cet engagement permettent enfin l’aboutissement du projet tant attendu.

L’inauguration de 1890 et le contexte statuaire corse

La statue monumentale de Sampiero Corso est inaugurée le 21 septembre 1890 à Bastelica. Cet événement s’inscrit dans un vaste mouvement de commémoration patriotique qui marque la Corse de la seconde moitié du XIXe siècle.
À cette époque, de nombreuses villes corses se dotent de monuments dédiés à leurs grandes figures : Napoléon Ier, le cardinal Fesch, Jean-Charles Abbatucci, Pascal Paoli, Arrighi de Casanova ou encore Gaffori. Le monument de Bastelica s’inscrit pleinement dans ce corpus statuaire, considéré comme l’un des plus aboutis artistiquement en Corse, tant par sa conception que par son exécution.
L’inauguration de 1890 se déroule dans un climat fortement empreint de patriotisme. La presse de l’époque souligne le caractère réparateur et symbolique de cet hommage rendu à Sampiero Corso, présenté comme l’un des artisans de l’intégration de la Corse dans l’histoire de France.

Description et symbolique du monument

Le monument impressionne par ses dimensions et sa puissance visuelle. Le piédestal, en granit, mesure environ sept mètres de haut et supporte une statue de bronze de trois mètres cinquante. L’ensemble domine largement son environnement immédiat.
Sampiero Corso y est représenté l’épée levée, dans une posture héroïque, appelant les Corses aux armes. Le piédestal est orné de trois bas-reliefs représentant des moments majeurs de sa vie :
le siège de Perpignan (1542),
la bataille de Tenda (1554),
l’assassinat de Sampiero Corso en 1567.
La quatrième face du piédestal porte une plaque commémorative ainsi que des inscriptions retraçant les principales étapes de sa vie et de ses campagnes militaires. L’ensemble compose une véritable narration sculptée, à la fois historique et symbolique.

Le déplacement du monument en 1933

Au début des années 1930, la commune engage la construction du groupe scolaire sur le site de l’ancien couvent des Franciscains. La place créée lors de l’inauguration de 1890 devient alors la cour de récréation de l’établissement.
En 1933, l’architecte communal Joseph-Marie Porri propose le déplacement du monument, jugé dangereux pour les enfants en raison de sa hauteur et de sa facilité d’escalade. Le conseil municipal adopte cette proposition et décide le déplacement de la statue d’une vingtaine de mètres.
Ces travaux entraînent plusieurs modifications importantes : réorganisation des bas-reliefs, adaptation du socle et du piédestal, modification de l’orientation du monument. Dans sa nouvelle configuration, l’ensemble gagne en hauteur et en majesté, dominant désormais le carrefour des quartiers Santo et Costa.

Protection au titre des Monuments historiques et restauration récente

Le monument Sampiero Corso est inscrit au titre des Monuments historiques par arrêté préfectoral du 8 février 2008.
Au début des années 2020, des désordres structurels nécessitent une intervention de sécurisation et de restauration. Les travaux sont engagés entre 2021 et 2024 sous le contrôle scientifique et technique de la Direction régionale des affaires culturelles (DRAC) de Corse.
La restauration porte à la fois sur la maçonnerie et sur les sculptures en bronze. Elle est menée sous la direction de Pierre Vaucher, architecte du patrimoine, avec l’intervention d’entreprises spécialisées. À l’occasion de la dépose, il est découvert que la statue et les bas-reliefs ont été fondus par les frères Thiébaut, fondeurs parisiens renommés.
La réception officielle des travaux a lieu le 29 septembre 2024, jour de la fête de la Saint-Michel.

Contribution suppléméntaire  apportée par Jean-Baptiste SETA 

LA STATUE DE SAMPIERU CORSU À BASTELICA

Sur la place principale, entre l’Église-cathédrale Saint-Michel et l’important groupe scolaire en pierre de taille, se dresse l’imposante statue de l’illustre Sampieru héros immortel des luttes de l’indépendance contre Gênes. Haute de trois mètres cinquante, en bronze, sur un piédestal en granit de sept mètres, elle a été inaugurée le 21 septembre 1890 par Monseigneur de la Foy évêque de Corse, devant une foule énorme, en présence des autorités civiles et militaires. Les bas-reliefs : le siège de Perpignan, la bataille de Tenda, les campagnes militaires, l’assassinat, rapportent tous à la vie de Sampieru Corsu.
Bien que l’on en parlât déjà au Second Empire, c’est seulement sous la troisième République que vit le jour l’œuvre tant rêvée. La souscription publique ouverte en 1882, dont à l’honneur de la Municipalité de Bastelica, connut d’abord des tiraillements de la part des administrations, non corses pour la plupart. Mais tout le village et la Corse entière répondirent généreusement aux appels du docteur Costa, de François Marie Seta, de Sampiero Giudicci, de Jules Mathieu Fattaccioli et bien d’autres responsables attentionnés du comité de souscription pour la statue. Malgré quelques déboires dus à l’emplacement du site (certains voulaient en Pancrazi, d’autres en face de l’Église), tous pariaient en même langue, pour exprimer « leur profond amour pour la Corse, notre mère, et la haute admiration de nos ancêtres, spécialement pour les hauts faits et l’héroïque dévouement de notre immortel Sampieru ».
Cette monumentale statue, vraie beauté, est l’œuvre du sculpteur Vital-Dubray qui avait déjà réalisé celle du général Abbatucci et celle du cardinal Fesch à Ajaccio. Le piédestal en granit est l’œuvre de l’architecte Maglioli.

Crédit scientifique & bibliographie

Pierre-Claude Giansily
Historien de l’art
Crédits photographiques : © Claude Giansily
Bibliographie :
– Discours prononcé par le docteur François-Marie Costa lors de l’inauguration du monument
– Giansily, Pierre-Claude, Approche de la sculpture en Corse aux XIXe et XXe siècles, Études corses, n°61, 2005
– Pomponi, Francis & Usciati, Jean-Jacques, De Bastelica à Bastelicaccia, éditions Alain Piazzola, 2006
– Rey, Didier, Trois vies de Sampiero Corso, Études corses, n°72, 2011
Le Mémorial des Corses, dir. Francis Pomponi, 1982
– Vergé-Franceschi, Michel & Graziani, Antoine-Marie, Sampiero Corso, 1498–1567, éditions Alain Piazzola, 1999
Contribution supplémentaire : Jean-Baptiste Seta