Le monument aux morts de Bastelica
Le monument aux morts de Bastelica est l’un des lieux de mémoire les plus forts du village. Inauguré en 1923, il rend hommage aux enfants de Bastelica morts pour la France lors de la Première Guerre mondiale, puis des conflits ultérieurs. Par sa conception architecturale et la puissance symbolique de sa sculpture centrale, il s’inscrit durablement dans le paysage et la mémoire collective bastelicaise.

Un projet né au lendemain de la Grande Guerre
Dès la fin de la Première Guerre mondiale, la commune de Bastelica s’engage dans une démarche de reconnaissance envers ses disparus. En septembre 1919, le journal Le Petit Bastelicais publie un appel solennel lancé par le comité chargé de l’érection d’un monument aux morts.
Cet appel insiste sur la dimension profondément collective du projet : il doit dépasser les divisions, rassembler l’ensemble des Bastelicais, ceux restés au village comme ceux établis ailleurs, et offrir un hommage durable aux soldats tombés pour la Patrie. Le monument est pensé non comme un hommage éphémère, mais comme une œuvre destinée à transmettre la mémoire aux générations futures.
Une mobilisation locale et communale
Le financement du monument repose essentiellement sur la mobilisation locale. Les souscriptions volontaires constituent le socle du projet, affirmant son caractère profondément basteliciais.
Le maire de Bastelica, Jean-Augustin Seta, accompagne activement cette démarche et permet l’aboutissement rapide du projet.
Grâce à cet engagement collectif, le monument aux morts est inauguré le 16 septembre 1923, lors d’une cérémonie solennelle rassemblant la population.

Une œuvre artistique majeure : la statue Patria
La sculpture centrale du monument, intitulée Patria, est réalisée par l’artiste Anna Bass. Cette œuvre en bronze, fondue selon la technique de la cire perdue par la fonderie Valsuani, est considérée comme la pièce maîtresse de l’ensemble et comme l’œuvre la plus importante de la sculptrice.
Présentée en 1922 au Salon de la Société Nationale des Beaux-Arts, la statue est déjà explicitement destinée au monument aux morts de Bastelica. Elle représente une figure féminine à la fois mère, allégorie et déesse, portant les attributs de la Victoire, notamment les couronnes qu’elle tient dans ses mains.
L’équilibre entre idéal esthétique, symbolique patriotique et pudeur morale reflète parfaitement les valeurs commémoratives de l’après-guerre.
Anna Bass, une artiste reconnue
Née à Strasbourg en 1876 et décédée à Paris en 1961, Anna Bass mène une carrière artistique reconnue au niveau national.
Elle expose régulièrement au Salon des Artistes français, au Salon d’Automne et au Salon de la Société Nationale des Beaux-Arts, dont elle est membre associée.
Ses œuvres sont aujourd’hui conservées dans plusieurs institutions majeures, notamment le Musée National d’Art Moderne – Centre Georges Pompidou, ainsi que dans les musées de Metz et de Strasbourg.
Architecture et symbolique du monument
Le monument aux morts de Bastelica se compose d’un arc en granit abritant la statue de Patria.
Sur la partie supérieure du piédestal figure l’inscription :
« PATRIA – 1914-1918 »
Sous cette inscription sont apposées les plaques portant les noms des enfants de Bastelica morts pour la France.
Ces listes gravées constituent un élément central du monument, transformant l’œuvre artistique en un véritable lieu de recueillement et de transmission de la mémoire.
Un lieu de mémoire toujours vivant
Le monument aux morts de Bastelica demeure aujourd’hui un lieu essentiel des cérémonies commémoratives et de la vie civique du village.
Il incarne à la fois le deuil, l’hommage, la reconnaissance et la continuité de la mémoire collective.
Par sa qualité artistique, sa portée symbolique et son ancrage local, il constitue un élément majeur du patrimoine bastelicais du XXᵉ siècle.
Crédit scientifique & Bibliographie
Pierre-Claude Giansily
Historien de l’art
Le Petit Bastelicais, septembre 1919
Journal de la Corse, 23 septembre 1923
Giansily, Pierre-Claude, « Approche de la sculpture en Corse aux XIXᵉ et XXᵉ siècles », Études corses, n°61, 2005
Pellegrinetti, Jean-Paul & Ravis-Giordani, Georges, Du deuil à la mémoire. Les monuments aux morts de la Corse, Albiana, 2011





