Église Saint-Michel de Bastelica

L’église Saint-Michel constitue l’un des édifices majeurs du patrimoine de Bastelica. Sa reconstruction au XIXᵉ siècle accompagne une période de transformation profonde du village, tant sur le plan religieux qu’urbain, et marque durablement l’aménagement du centre communal.

Un édifice devenu indispensable au milieu du XIXᵉ siècle

Vers 1850, Bastelica compte près de 3 000 habitants. L’ancienne église paroissiale Saint-Michel, alors en usage, est jugée trop petite et dans un état de dégradation avancé.
La municipalité décide simultanément de reconstruire l’église et de réorganiser le quartier de Santo, appelé à devenir le cœur administratif et religieux du village, accueillant écoles, gendarmerie et justice de paix.

Un projet ambitieux et coûteux

Le projet de reconstruction est confié à l’ingénieur-architecte Paul Poggi. Établi en 1857, il prévoit un édifice monumental, à la hauteur des ambitions communales.
Le coût initial est estimé à 75 953 francs, mais atteindra près de 118 000 francs à l’achèvement des travaux. Le financement mobilise la fabrique, la commune, les souscriptions volontaires, les revenus issus des bois communaux, ainsi que plusieurs emprunts et subventions de l’État.

Paul Poggi (1821–1903)

Né à Ajaccio, formé à l’École des Arts et Manufactures de Paris, Paul Poggi mène une longue carrière en Corse comme ingénieur des Ponts et Chaussées et inspecteur des édifices diocésains.
Il est à l’origine ou supervise la construction de nombreuses églises corses, notamment à Conca, Renno, Zonza, Olmeto, Propriano, Cozzano ou Zicavo.
À Bastelica, il suit le projet sur plus de trente-cinq ans, adaptant les plans aux contraintes financières et aux interruptions successives du chantier.

Un chantier marqué par les interruptions

Les travaux débutent réellement en 1865 mais sont interrompus dès 1866 faute de ressources suffisantes. Malgré plusieurs tentatives de relance, le chantier reste suspendu durant de longues périodes.
Ce n’est qu’en 1890 qu’une nouvelle adjudication permet l’achèvement de l’église, confié à l’entrepreneur ajaccien Louis Panero. Les travaux s’achèvent en 1892, en vue d’une inauguration solennelle trois ans plus tard.

L’inauguration du 15 août 1895

L’inauguration de la nouvelle église paroissiale a lieu le 15 août 1895, en présence d’une foule nombreuse.
Le Journal de la Corse relate l’événement et souligne l’émotion suscitée par le discours du chanoine Maestratti, curé-doyen de la paroisse, saluant l’aboutissement d’un projet longtemps attendu par la population.

La construction tardive du clocher

Lors de l’inauguration de 1895, l’église est dépourvue de clocher. Les plans initiaux de Paul Poggi n’ayant pu être réalisés, le projet est repris dans les années 1920.
L’architecte ajaccien Louis Carrayol conçoit un clocher-porche inspiré de l’ancien couvent des Franciscains, modifiant sensiblement le dessin original. Les travaux sont achevés en 1927.

Décor intérieur et mobilier classé

L’église Saint-Michel conserve un riche décor intérieur et de nombreux objets mobiliers issus pour partie de l’ancien couvent des Franciscains.
Plusieurs œuvres sont protégées au titre des monuments historiques, dont la statue de Saint-Antoine de Padoue, le maître-autel en marbre et un Christ en croix polychrome.
Le décor peint visible aujourd’hui date de 1940 et est l’œuvre de Dominique Frassati, artiste originaire de Bastelica.

Un monument central du patrimoine bastelicais

Par son ampleur, la durée de son chantier et la richesse de son décor, l’église Saint-Michel témoigne de l’importance religieuse, sociale et symbolique de Bastelica au XIXᵉ et au début du XXᵉ siècle. Elle demeure aujourd’hui un repère majeur du paysage et de l’histoire du village.